9/12/2008

ich bin ein Filles de joie

hier, paris, 11 septembre. sous la pluie navrante après une journée idéale. devant le divan du monde, du monde. ce soir c'est une soirée du cabaret des filles de joie. j'attends.
quand enfin j'entre dans la salle j'espère plein de filles déguisées en écolières. le thème de la soirée, c'est l'école. un 11 septembre, j'aime bien l'idée. ça aurait pu être tellement pire. mais septembre gardera toujours davantage un goût de rentrée scolaire qu'une rentrée de métal dans des tours, et c'est tant mieux. mes souvenirs de rentrée résonnent sous le préau de septembre. j'aimais bien ça, gamin, la rentrée des classes. parfum de plastique des protège-cahiers ; suavité odorifère des pots de colle cléopatra ; j'arrête net, je ne vais pas appuyer sur la gachette de la nostalgie récréa2.
des écolières, il y en a, oui, une petite vingtaine. des filles dans tous les genres. orgueilleuses voluptés où la chair réjouie et généreuse épanouit pleinement sa tendresse ; sèches, brins tendus aux hanches cassées à l'ordre des flashs ; gigantesques flammes sombres qui lèchent les sommets aux hommes inatteignables, incendiant leurs âmes d'un sourire géant. tout ça en costume, jupe écossaise, carreaux rouges, talons hauts, chemise blanche bien trop tendue. bien trop. quelques cravates, bientôt cravaches. les vaches. une ou deux écolières jettent des avions de papier qui portent votre prénom.
des filles oui. "mon problème c'est les filles, mais bon, c'est comme ça", dira le butch hank bobbit dans son numéro de rockab décomplexé, entre deux galoches à la comtesse isadora du berry. des filles aux noms de contes de fées idylliques : lolaloo des bois, léa kill kill, vivi va voom, wendy delormes, jazmin barett, miss saphar, sylvanie de lutèce, hyun b. lee, fury furyzz... mes blanches neiges à moi auraient causé d'autres tourments à mes nuits si elles avaient eu ces noms-là. leur maîtresse à toutes s'appelle juliette dragon. une maîtresse mais deux mètres facile, plus sûrement trois, et un dragon fabuleux gravé dans le dos. je ravale mon bilbo.
vite vite, très vite le divan chavire et danse. ça rit ça court ça se chamaille, les flashs clapotent un peu partout. les filles de joie sont chez elles. la fosse est cour, l'école bi ne sonne pas comme hier. je cherche des complexes et je n'en trouve pas. je cherche à me méfier mais je ne vois pas de quoi. je cherche ce qui ici n'est pas de la joie, et ne trouve pas. alors je cherche des filles et je trouve la vie. furieuse vie libérée, sur scène, dans la fosse. furieuse vie explosive, bâtons de dynamite en uniforme de collégienne. le spectacle n'est pas sur scène, le spectacle est une boule à neige rue des martyrs, chavirée toute la soirée dans un bordel somptueux.
je sors enfin. les caniveaux ruissellent une eau soyeuse. partout éclatent les échos des filles de joie. partout klaxonnent leurs noms féériques. et dans mon âme vibre sans calcul la grâce éternelle des sciences amateurs, et le bouillon des approximations libère sur ma route la chaleur d'un parfum riche, fébrile et beau.

8/11/2008

hauts les coeurs

je ne sais pas d'où vient cette idée qu'une fille sans soutien-gorge serait plus sexy qu'une fille avec. encore une fois, c'est l'intention qui compte, et plus encore, le port. en mémoire j'ai cette séance photos de marilyn monroe au cours de laquelle le photographe la félicitait pour le port admirable de sa poitrine libre. impensable à mes jeunes yeux qu'une femme de cette trempe remercie en souriant l'auteur de cette goujaterie. je veux dire : marilyn monroe, et en face un photographe certainement célèbre mais jamais autant qu'elle, et le type lui dit droit dans les yeux "félicitations pour votre poitrine". impensable qu'il se permette cela. impensable qu'il le dise. qu'il le pense bien sûr, mais qu'il le dise, bon sang.
irais-je dire à une femme dont j'aurais remarqué l'affranchissement "mademoiselle, excusez-moi, je tenais à vous féliciter pour le maintien de vos seins, c'est tout à fait remarquable". au mieux aurais-je le courage à peine de lorgner discrètement. avant même la question du maintien, se posera celle du pourquoi. non pas que je condamne la liberté, non pas que j'en veuille au féminisme. le plus admirable reste sans doute ce choix vertigineux de porter, ou non. mais il y a bien davantage qu'un choix de bien-être, ou qu'un choix politique. les filles avec ne se posent pas la question du sans. il n'y a pas l'hésitation matinale. l'hésitation, elle ne vient à l'esprit que des filles pour qui peut-être. pour qui pourquoi pas. les filles tactiques qui concentrent sur cet accessoire toute une stratégie, pour qui tout va se jouer sur le terrain sournois d'un tissu absent. les filles sans s'autorisent un truc en plus en ajoutant un truc en moins. car on ajoute beaucoup en enlevant l'accessoire. on ajoute des dizaines de regards. on ajoute un piment, c'est vrai. mais davantage encore on force les yeux. minijupe, cirage à lèvres, seins libres : même combat. celui qui nous entraîne, nous les hommes, même de goût, sur un terrain facile où nous nous complaisons sans honte, puisque si chaleureusement invités. je ne dis pas, nous ne bouderons pas notre plaisir. mais il est des plaisirs plus grands encore. les filles sans n'y goûteront jamais.
dans le dressing attenant à la chambre à coucher des filles avec, devant le tiroir fabuleux d'un commode, devant la glace au reflet solitaire, alors qu'à quelques mètres bruine un tacatac de douche sur un corps d'homme, devant ce reflet à demi nu et pas entièrement réveillé, chaud encore des draps et du coton des serviettes, dans cet instant encore où vous vous appartenez, il y a une habitude vertueuse, et pour tout dire paradoxale.
car enfin, au départ, le soutien-gorge déclare. il affirme. il exagère. bluffe, embobine, ensorcèle. sortilège piqué croisé, bonnet maudit et cerclures fatales. c'est devenu un must. c'est devenu banal. il parait que ça ne séduit plus. et pourtant.
dieu que c'est beau une habitude. splendide, quand elle vous échappe délicatement, qu'elle glisse innocente sur votre épaule dorée, l'habitude. quelques millimètres suffisent. pas plus. pas la peine. sans le savoir vous livrez tant. sur vous, sur votre chambre, sur ces tiroirs qui regorgent d'interdits en dentelle. un soutien-gorge dont la bretelle ose une maille à l'air libre est un don de soie. c'est fou ce qu'on espère dans un centimètre carré lie de vin, blanc de nacre ou bleu de nuit. on espère cette chambre, ce dressing, ces meubles, commode, tiroirs, froissements. on a raison, n'est-ce pas ?
Vous voici face à moi, à nous, autour il y a ces types qui déjà vous ont vue entrer. je les vois moi savourer le parfum de votre beauté comme une crème glacée. ils parlent à leurs voisins mais ne s'adressent qu'à vous. comment leur en vouloir : moi, les yeux dans les vôtres, je ne vois que l'ourlet rouge et crénelé qui lentement a dérapé. sortie de route. il est possible que vous le sachiez. c'est la question. dans cette unique question perle la saveur subtile de la sensualité.

6/30/2008

corporo humanum est


je crois que c'est en découvrant m sur le canapé brun. écoutait-elle la musique discrète ou le chant délicat du dehors ? son corps énumère tranquillement les coussins, accoudoirs, imparfaitement, angles secs parfois (dos, reins, talons, coudes), tendres aux cuisses, genoux, mollets, cou, mais nulle part de gène. aucune gène, voilà m à cette heure. l'après-midi flambe, fier, tout crâme sous son soleil victorieux. demain c'est encore repos. rien ne presse, rien n'oblige. m, épouse princière des minutes lentes consumées, favorite alanguie, tiède et blonde, languit.
ne reposait-elle pas seulement dans la torpeur d'après bain, m était là à demi nue. un jean, et c'était tout. ou presque, car m tenait dans une main une cigarette, dans l'autre un livre qu'elle ne lisait pas. comble de morgue. elle préférait sans hâte têter la cigarette. par la fenêtre ouverte le vent berçait le lourd rideau beige. sous la coupe ondulée du tissu, m, brassée aux épaules, nuque, cheveux, recueillait comme s'il lui fût toujours dû ce souffle épais.
elle était chez moi mais c'était chez elle. deux jours à peine, et me voici reçu. qu'elle était belle, mon Dieu, à la lumière silencieuse. deux yeux bleus sous les paupières nobles ne me voyaient qu'à peine. tiens, tu es là, toi. fais comme chez toi. moi, je baigne presque nue dans l'air. toi fais ce que tu veux, et si c'est me regarder, eh bien pourquoi pas, mais sans bruit.
parfums légers, légers. bouillon doux de la vie extérieure, presque tue. volutes soyeuses de cigarette. bain d'épice.
m aux anges sur le canapé brun n'est pas mal coiffée, elle n'est pas coiffée. ses cheveux par mèches flottent un peu, histoire de. ils caressent ses épaules. s'en rend-elle seulement compte. sur l'autre accoudoir ses pieds nus aux orteils plats, ongles carrés, vernis nacré, frottent gentiment l'astrakan. entre les deux, épaules et pieds, la taille ouverte au premier bouton, le jean borde un petit ventre subtil.
je crois que c'est à cet instant que j'ai fondu. je crois bien que c'est en découvrant m sur le canapé brun que je me suis enfin dit "woops ! si tu as ça chez toi, c'est que, mon garçon, tu es un homme".

6/25/2008

rond, gras, bulle

dans le train de banlieue. elle doit avoir 28 ans, peut-être 30. il y a du monde, debout sur la plate-forme. il y a le bruit du train, des discussions dans des portables, des walkman qui grésillent. soudain elle dit "je supporte pas qu'on me dise que je suis belle, je sais très bien que c'est faux, on me fera pas croire qu'un bourrelet c'est beau". c'est vrai qu'elle n'est pas mince. on ne verra jamais sa photo pour une publicité. il y a des milliards de femmes dont on ne verra jamais la photo pour une publicité.
je me demande ce qui m'a vraiment choqué dans cette phrase. le fait qu'elle réduise la beauté à un bourrelet. sa résignation. cette espèce de hargne à ne pas vouloir être prise pour une conne devant un compliment. je me demande. sur le quai de la gare je l'avais vue. je la regardais en douce profiter du premier soleil, les yeux fermés. elle souriait à rien, en tout cas pas à moi et je me suis dit que ca m'aurait pourtant fait plaisir. une femme qui sourit à rien c'est agaçant. une femme qui sourit à un autre homme que vous, déjà. mais à rien.
en douce, donc, regardée. un charme pas classique, rien de vulgaire non plus, elle avait cette allure un peu gauche, un peu maladroite et tendue des banlieusardes qui rêvent tant d'être parisiennes. elle avait dû serrer les poings pour s'en sortir, sans trop savoir où aller, sinon paris. elle y bossait désormais, c'était peut-être une première victoire, enfin bref je m'étais fait tout un film et je l'avais trouvée touchante, au final. elle était grosse, mais ça ne m'avait pas sauté aux yeux. une évidence qu'on ne voit même pas. son tour de taille ne choquait pas l'image. je m'en rends compte à présent, elle était ronde comme je porte des lunettes. ce matin-là je n'avais pas la tête dans les magazines de mode, et j'avais vu une jeune femme profiter du soleil en attendant le train. c'est cela qui m'avait plu. question de lumière.
ce jour-là c'était ça, le lendemain je me laisserais troubler par une chute de rein volée à la silhouette d'une cycliste. est-ce que ça faisait de moi un salaud qui méprisait les grosses ? appréciant qu'une femme ronde se foute qu'on la regarde prendre le soleil sur un quai de gare un jour, et aussi capable le lendemain de craquer pour une courbe fine, était-ce pour cela qu'une femme dirait bientôt à une autre qu'elle ne pourra plus croire les compliments ? peut-être. cruelle simplicité des hommes qui tombent trop vite.
j'ai eu envie de la rassurer. je lui ai dit tout ce que je pensais, de ce charme qu'elle dégageait, si touchante dans son déguisement de parisienne, comme une petite fille en princesse, aussi sérieuse en tout cas, j'ai eu envie de lui dire que je ne m'étais pas rendu compte, d'abord, de ses bourrelets. je l'ai invitée à prendre un café, à l'écouter, à la regarder avec toute la tendresse dont j'étais capable et tout le silence aussi. sa copine lui a dit tu as raison, les mots sont restés dans ma bouche. mon café est resté seul. je crains de la revoir sur le quai de la gare.

6/10/2008

de l'immobilité et des rouages écarlates

peu importe alors qu'on ait fait l'amour ou pas : je reste alangui. dehors me berce la rumeur d'une voiture qui passe. il y a le bruit de la douche, et sous la douche j. chante. elle ne chante que pour elle. ni juste ni mal ni faux. j. chante tendrement.
du lit j'entends la porte de la douche qui s'ouvre, le froissement d'un linge. un robinet, ouvert, fermé. j. fredonne. elle pense peut-être que je dors. ses pas nus sont légers sur le parquet. il n'y a ni musique ni radio, juste par la fenêtre ouverte sur l'été la ville qui bruisse, et ce chant charmant.
enfin j. entre dans la chambre. elle a enroulé ses cheveux dans une serviette blanche, mais une mèche s'échappe le long du cou. elle goutte lentement sur son épaule. sinon, elle a une culotte, blanche aussi, parfois grise, ou rose que j'aime bien, avec une jolie dentelle autour des échancrures. je craque régulièrement pour la culotte rose à dentelle. elle pourrait me faire tourner fou, un beau jour.
j. ne me regarde pas, moi je la vois, son ventre tend l'élastique du slip. je sens d'ici comme ce ventre est chaud, et comme dedans tout est admirablement placé. la machine humaine j. est un miracle en soi qui me fascine. comment une architecture aussi complexe peut-elle à la fois fonctionner avec une telle précision, et être si beau ?
derrière c'est une cambrure inimaginable, sincèrement je pense que ça devrait être interdit. si au moins c'était interdit, alors je deviendrais enfin un hors-la-loi et je déroberais la cambrure et sa propriétaire au musée de sa pudeur. nous fuirions vers l'italie et ce serait terrible, bouillant et terrible.
il y a ces reins, c'est scandaleux. je fais un effort considérable pour ne pas bouger. idéalement il faudrait au premier instant se lever, tendre la main pour toucher, caresser, attirer vers soi, renverser sur les draps, et aimer. il existe une sensualité plus acérée qui, dans l'immobile contemplation, subtilise d'indiscrètes voluptés. ce n'est pas ma main qui caresse maintenant ces seins souples, mais c'est un moi plus entier encore, un moi qui bat de toute sa chair et qui vibre dans un regard caressant. bien sûr je pourrais devenir fauve, et nous aimerions ça aussi, ce serait bon. ce serait féroce et goulu. contenir, retenir, et savourer au palais la puissance ravageuse qui s'écoule goutte à goutte devant ces reins. ces cuisses lisses, ces pieds qui forment avec le sol un angle droit bien surprenant quand j'y songe.
j. passe un t-shirt, ses seins sous la toile tiennent seuls et tout ne tient qu'à moi. je ne bouge pas. douce, suave contemplation. cheveux lâchés maintenant, ils glissent lourds et encore gorgés sur ses épaules, l'eau brosse sur le t-shirt de soyeuses lacérations.
les myriades de grains bruns qui bruinent les bras de j., voici encore une euphorie. penser à les compter, une nuit. je m'émerveille souvent devant la beauté de cette carte d'un ciel d'or. comme de l'harmonie empirique d'un bras qui se finit par une main fine, orfèvrerie impensable et précieuse. le jeu des articulations, le cartilage lisse, os, tendons, les muscles sous la toile de peau rangés si parfaitement. plus encore que le dessin, c'est la réponse exacte d'un membre aussi fragile que j'admire naïvement. les tensions et détentes des rouages. de l'épaule à l'ongle, chaque bras de j. mérite un livre.
puis j. me regarde. toujours, cette petite chanson que je ne reconnais pas. je la regarde, elle me sourit, et à quatre pattes saute sur le lit.
- je suis toute propre.

6/05/2008

canada drague

d'où je sortais était obscur. une pénombre assagie tamisait la vue. à l'ouverture de la porte éclata la lumière de juin, milieu d'après midi. la première image qui s'ébroua du flou laiteux fut la grille grise d'un magasin de l'autre côté de la rue. cette jeune femme qui fumait à la porte de son commerce, appuyée à l'encadrement de la porte, la seconde. par quel miracle me regarda-t-elle à son tour.
les yeux encore un peu troubles, le brouillon dans la tête, il fallait en avoir le coeur net : oui, elle me regardait bien. cet air un peu las de qui n'attend plus rien. ce type qui sort ahuri et les yeux dans le vide, marrant. pas de quoi appeler sa mère, non plus. enfin, au rythme où passe la journée... une taffe.
moi je la regarde aussi parce que des jeunes femmes qui me dévisagent, ça ne court plus les rues. je dis "plus" pour me rassurer. je m'invente un passé de playboy. vieux beau, c'est pourtant ce qu'on fait de pire. "vieux beau imaginaire", ça m'autorise tout, m'échapper du pire puisqu'il n'est pas vrai, et garder le meilleur pour le goût. canada dry de la drague.
son agence immobilière se tient juste à côté d'un troquet où je n'ai plus mis les pieds depuis longtemps. j'ai chaud, il fait chaud dans ce juin que j'ai mal jugé, un gros blouson sur le dos. et puis j'ai envie d'un café. et puis, rien ne m'appelle. plus rien.
trop chaud pour un café, temps rêvé pour un porto. et même deux. ça faisait longtemps que je n'avais pas bu de porto. j'aime beaucoup le bourgogne de sa robe. j'y lis bien des souvenirs. et c'est classe, un porto. jamais trop tôt pour un porto. au zinc j'ouvre le parisien déchu dans le plateau de 421. je feuillette sans lire. ça évite de croiser des regards. comme à chaque fois que je tombe sur le parisien, je m'arrête sur l'avis des gens, une rubrique dans laquelle cinq ou six piétons sont interrogés sur un sujet qui mérite quand même bien davantage qu'une interview au débotté. tout le monde a le droit de donner son avis au parisien, et puis ça flatte qu'on nous demande notre avis pour un journal, on a l'impression que ça compte, que ça vaut quelque chose. pourquoi pas. je me dis que je ne répondrais qu'à une question sur l'augmentation du prix du porto. la journaliste (blonde aux yeux verts, poitrine délicate que je ne regarderai pas tant elle me crève les yeux, de crainte qu'elle me foudroie sur place si j'osais une seconde me laisser dériver sur les courants soyeux d'une fébrile contemplation), la journaliste, donc : que pensez-vous du prix du porto ? moi, qui comprendrai d'abord "que pensez-vous du prix du porno" et évaluerai en un éclair les heures nécessaires pour convenablement en débattre, effectuer un vrai travail de reporter consciencieux, pourquoi pas au restaurant, ce soir, tant le sujet est important et tant j'ai à en dire, moi donc : - du... porto ? écoutez, oui. (troublé, vaincu, assoiffé soudain, le regard glisse glisse glisse, sursaute un instant désespéré, mais à la fin choit lâchement, épuisé, repu, s'accroche un instant au pendentif négligé, soulagement, mais non, c'est trop vertigineux, ça y est, je les ai vus, je les ai regardés, c'est trop tard, que dieu me pardonne, j'ai échoué, bon sang ce que c'est beau. et je m'enfuirai honteux le manteau contre le ventre avec peut-être cette dernière pensée : pourvu qu'elle n'ait pas remarqué mon émotion mal encapsulée).
quand je sors, la jeune femme n'est plus là. d'ailleurs y pensé-je encore ? par un réflexe immobilier indéfini je m'arrête devant les petites pancartes qui m'invitent à saisir des affaires exceptionnelles de 5 à 7 pièces, essentiellement. je lis vaguement. comme ça. par inadvertance. désoeuvrement peut-être.
- un renseignement ?
clope sur clope, ma parole. j'aime assez ça je dois avouer. j'ai toujours trouvé qu'une femme avec une cigarette avait quelque chose d'irrémédiablement séduisant. cette impardonnable élégance qui souffle l'innocence des garçons.
- je regarde. les 5 à 7. pièces, je veux dire.
par bonheur, pur bonheur, elle sourit. de ce sourire qui détourne l'attention pour mieux vous évaluer. combien valais-je à ses yeux sombres ? studio ? deux pièces ? je dus la changer de ses clients habituels. elle se mordit la joue, et dans la minute qui suivit nous trinquions au porto à la santé des grands appartements déserts en plein mois de juin. dans la semaine qui suivit nous mesurions des superficies voluptueuses à coups de reins qui ne le furent pas moins. dans le mois qui suivit nous ne nous revîmes plus. je garderai longtemps sur les lèvres la caresse sans ambages de ses cigarettes, et la mollesse indolente du porto.

6/03/2008

anatomie sentimentale

ce que j'aimais surtout : me coller à elle la nuit. sentir contre mon ventre son cul. pas un petit tout dur tout plat tout froid, non. je parle là de maturité. f avait vingt trois ans mais niveau cul, pardon mais : madame. quand je dis niveau cul je ne parle pas de performance sexuelle, comprenons-nous bien. je parle anatomie des sentiments. mon sentiment à moi est creusé en rond, deux incurves épanouies, et le cul de f s'y colle parfaitement. j'ai vérifié. le soir quand elle s'endort, et la nuit quand elle dort. nickel. ça déborde peut-être même un peu. quel régal.
alors la nuit je passe ma main contre son flanc et sous son bras, je plonge le nez dans ses cheveux qui sont éparpillés et bleus sous la lune. le mur blanc strié de l'ombre démente des persiennes est froid, je meurs de chaud. doucement je m'approche. je glisse sur le drap. elle bouge. j'ai peur de la réveiller, c'est mieux si elle ne se réveille pas. j'ai l'impression d'apaiser ses rêves quand je m'approche sans la réveiller, comme ça. ma main affleure un sein. quelque part dans moi un viscère s'enflamme. combustion moite. et puis je colle enfin mon ventre, tout doucement, contre ses fesses. si j'ose, j'en caresse même la soie, de la paume. combustion encore. enfin je ne bouge plus. f ne respire plus. tout attend. une minute, ou deux, mais la nuit chaque seconde paraît longue comme le jour, après une minute ou deux f inspire profondément, dans ma main le sein bouge, le ventre gonfle, gonfle, la poitrine entière se gorge de rêveries, c'est tout un corps qui s'envole, cambrures obscures, volumineuses destinées, et moi qui ne suis qu'à un sein accroché ! tout suspend, tout plane. puis le lent relâchement, long et puissant. contre moi le bonheur rebondit. un silence. l'air, au parfum doux de son haleine, pétille encore un peu. comblée sa chair est tendre infiniment ; je sens ma chair encombrée infiniment se tendre. rien ne presse, sinon mon ventre contre ces fesses.
au matin f se regarde dans le miroir : elles sont nulles mes fesses, regarde-moi ça ! cellulite, grosse, grasse, kilos, vergetures, peau d'orange et blablabla. moi je ne vois rien, mais je sais. je sais que rien n'empêchera ce soir les soupirs inouïs, et que, je le jure, rien au monde n'est aussi beau. sans mentir. je la regarde droit dans les yeux, toute la chaleur accumulée du semi sommeil remonte à vive allure. bang bang. f, j'aime tes fesses, avec ou sans leurs angoisses diverses.
tout ça je l'ai dit. elle n'a rien cru. elle est partie. je colle d'autres culs. tant pis.

5/28/2008

que la chair vibre

c'est à cause d'un magazine de la salle d'attente. des images marquent même sans qu'on les regarde. je passais le temps en essayant de me donner des airs. je n'aime pas les médecins, leur haleine épaisse de fumeur me dit d'arrêter de boire. des airs, donc, de type pas inquiet, de type normal, tranquille. je me suis rendu compte d'un coup que rien n'est plus inquiétant qu'un type qui ne s'inquiète pas dans la salle d'attente d'un médecin, surtout dans un hôpital. mais pas de chance, je n'ai pas eu le temps de m'en inquiéter davantage, l'assistante du docteur est venue me chercher. j'ai négligé le magazine, il est tombé, s'est ouvert sur une pub pour un parfum avec la photo d'une fille qui n'existe pas, je l'ai ramassé, l'ai posé sur la table, me suis dit quelque chose comme "est-ce que je trouve cette fille attirante ?", me suis rendu compte que je posais inconsciemment les yeux sur les seins de l'assistante, des seins sans plus d'intérêt que d'être cachés, même pas des gros seins vulgaires et alléchants, en fait je ne me souviens même plus de ses seins. jolies jambes par contre. j'ai dû rougir, ai mal interprété son sourire sec, ai pensé à autre chose pendant que le médecin me sortait qu'il ne fallait plus boire. j'ai peut-être dit "d'accord" ou une connerie de ce genre, et puis je suis parti, ça nous fera 70 euros au revoir docteur. devant mes yeux toujours la photo du parfum.
l'avais-je déjà vue ? grande fine froide des cheveux de 28 mètres onctueux brune les yeux absolus. si c'était une actrice je ne la connaissais pas. si c'était un mannequin connu, pas par moi. je ne me suis plus souvenu si cette fille m'avait fait envie. ça fait bien longtemps que je ne me le demande plus. les filles des pubs ne me font plus bander. l'ont-elles jamais fait ? possible. je crois. à l'âge où tout fait bander, sûrement. mais cette fille-là, bon. je ne crois pas. même pas la poussée primaire du sang qui part du ventre sur un air d'au cas où, et qui s'éteint mollement, déçue et un peu douloureuse de cet effort pour rien ? non.
en fait je suis sûr que non, mais je sais que je me suis posé la question. fille de magazine + seins, même banals, de l'assistante + jolies jambes, ça m'a poursuivi un peu, la question est légitime. mais je suis sûr qu'en fait, rien n'a émergé dans l'espace serré du tissu moite, même pas l'angoisse. je suis rentré chez moi.
en poussant la porte d'entrée de l'immeuble la pénombre s'est dissoute en gorgées laiteuses et pâles. mes yeux ont eu du mal, un instant, à s'habituer à l'ombre. si bien que j'ai d'abord entendu son rire. frais, à peine trop fort, elle riait par politesse, pour faire plaisir. pour dire qu'elle a entendu la blague bancale qu'on vient de faire. elle riait à ses deux copains, maintenant je les vois. ils l'encadrent. elle est jeune, mais pas beaucoup plus que moi. elle est ronde, petite, dehors j'en connais qui diront qu'elle est grosse. la lumière soudain dans le corridor affine ses courbes qui reviennent vite à la charge sous la minuterie impartiale quand la porte claque, derrière. j'ai trébuché, j'espère qu'elle ne l'a pas vu, c'était un tout petit trébuchement, con de tapis. elle m'a croisé, elle a cessé de rire mais son sourire était là. elle m'a ému, cette conne, en une seconde à peine. son corps qui ne prétendait rien. son rire qui était si gentil. la lumière, comme ça, dans ses cheveux incertains. je suis monté ivre d'elle. j'avais une seule pensée en tête. non, deux.
la première : si au moins j'étais moi aussi sur la photo du magazine. là je ne dis pas, je l'aurais vue, j'aurai senti sa sueur sous les spots, j'aurais vu son corps bosser, je l'aurais entendue se marrer ou pester contre cette séance qui n'en finit pas. là d'accord. l'autre, la fille du corridor, bon sang sa peau était à quoi, quatre, cinq centimètres de mon bras quand nous nous sommes croisés. j'ai espéré que ses cheveux m'effleurent, c'était possible, c'était là, j'aurais fait un demi pas de côté et c'était gagné, pour de vrai. j'ai vu son corps vibrer sous la lumière, émettre quelque chose, du sang qui bouillonne dans sa chair, les muscles qui prennent leur place, occupent leur espace, donnent un sens et une présence au corps de cette femme. j'ai entendu un son, un rire, j'ai vu toute la manifestation subtile d'une âme. l'air avait un poids, une étoffe, l'escalier, les portes, murs, peinture qui s'écaille, lampe qui brûle, bruits des télés dans les appartements, tout avait un sens, tout partait d'elle et tout revenait droit sur elle en fonçant. j'ai trouvé ça, soudain, beau à faire mal, elle était d'une telle beauté, j'ai eu terriblement envie de toucher son bras, là tout de suite, de le serrer doucement, de sentir sa fraîcheur dans ma main sèche, sa souplesse grassouillette. j'aurais embrassé son visage doucement, frotté mes joues sur les siennes délicatement, j'aurais voulu être sûr de ses cuisses, de ses fesses, de sa bouche même frôlée sous mes doigts.
essoufflé en atteignant l'appartement, fébrile j'ai fouillé dans mes magazines, retrouvé la publicité, refloué à la gorge le dégoût de moi-même et plongé, des larmes sales sur la bouche, dans les tristes soulagements.

5/20/2008

rouge gasoil

ça n'a rien à voir : c'est pas parce qu'on reluque une minette mignonne en mini qu'on trouve ça sexy. mauvaise foi ? même pas. vous confondez tout. nous aussi, ok. on confond pour faire court, on confond parce que ça ne vaut pas la peine d'entrer dans le débat. on confond pour faire simple et que l'important n'est pas là. une fille en mini n'est pas sexy. ni bandante, ni que dalle. une fille en mini c'est, allez, une question de politesse. on tient la porte à la dame, on dit bonjour à la boulangère. on mate la fille en mini. et on l'oublie. la fille en mini impose le dialogue et nous, bien éduqué, on répond. on n'a pas le temps de réfléchir, il faut répondre, alors on répond. il faudrait éventuellement trouver un moyen de ne jamais voir les filles en mini qui se baladent à moins d'un kilomètre. il faudrait des lunettes de mini qui protègent les yeux comme les lunettes de soleil les protègent du soleil. sans, on n'est jamais à l'abris d'en voir malgré nous.
c'est vrai, c'est arrivé une fois ou deux, on m'en a parlé : une fille en mini ca peut être joli, aussi. oui, mais ça n'est pas la question. une jolie fille en mini est une jolie fille. la mini n'y change rien, ou alors ça empire. pourquoi une jolie fille aurait-elle besoin d'une mini ? sinon pour allumer ? le problème de la mini c'est qu'elle viole le regard. impossible de la louper, et d'ailleurs c'est bien pour ça qu'elle la met, sa mini, la fille en mini. bref : ça peut être pas mal, oui. jolies jambes. mignon cul. j'ai jamais vu un mec se dresser d'un coup en croisant une fille en mini, passé seize ans. avant seize ans j'en ai connus qu'un coude râpeux dans un pull grosses mailles faisait trembler.
la mini sexy ? c'est surtout un fantasme de fille. ce qu'on apprécie, nous, dans la mini, comme dans le décolleté, c'est cette espèce d'audace mentale qui naît dans l'esprit de la fille qui se dit "je les connais, je vais mettre une mini et le tour est joué, ils vont tous me mater, je vais être la reine de la soirée". nous : bon, ok, on va mater. hey, une autre là, et là encore une, c'est chouette l'été, on va boire une bière maintenant ? nous ce qui nous interpelle, c'est "mais qu'est-ce qui lui est passé par la tête pour mettre ça ? c'est quoi son intention ? c'est quoi son projet ?" nous sommes sollicités, et nous répondons docilement à la sollicitation ; facile, un réflexe un peu forcé. car à aucun moment nous ne cherchons les filles en mini.
il est question d'autre chose : il n'y a rien de moins sexy qu'une fille qui fait tout pour être sexy. ce sont des choses qui vous dépassent et que vous faites malgré vous qui vous rendent sexy. et vous n'avez pas idée de ce qui se passe, ce qui se consume d'un coup entre notre tête et notre ventre quand on parle vraiment de sexy. d'ailleurs on dit sexy pour vite évacuer, pour minimiser, tant est puissant ce qui se déroule là-dedans, bien trop puissant pour être totalement assumé. ce que vous ne maîtrisez pas est bouleversant, nom de dieu. mais vraiment, intensément, rien que de le dire me viennent des sanglots profonds et une... comment dire... un truc, là, plus bas.
ce que vous ne maîtrisez pas nous emporte, ce que vous imposez vous laisse là. ce que nous trouvons vraiment sexy ? ce qui emporte tout ? inventez-vous les histoires que vous voulez : vous ne le savez pas. vous n'avez pas idée. aucune idée.
rien de plus bluffant, par exemple, qu'une fille qu'on regarde sourire quand ce n'est pas à nous. elle ne le sait pas, elle ne nous voit pas la regarder, elle n'essaie pas de nous séduire ni de nous opposer des limites : ce qu'on voit alors nous cueille comme les premières pâquerettes. un nez qui fronce quand vous riez : vous ne vous trouvez pas belle hein ? vous trouvez ça affreux, d'ailleurs vous avez brûlé les photos. une oreille qui part en pointe. un petit ventre après trente ans (seigneur, ce ventre, mais quel bonheur, quel bonheur ! tout ce que ce ventre rond dit des plaisirs que vous vous êtes autorisés, et des heures vaines à faire de la gym auxquelles vous avez renoncé sagement, une glace vanille à la main et un dvd de desperate housewives dans l'autre. rien n'est plus beau que le plaisir d'une femme, même après. la trace du plaisir est une merveille à jamais sanctifiée. petit ventre, divin stigmate, je t'embrasse et te vénère pour l'éternité des siècles des siècles. longue vie aux pâtissiers du monde entier, je souscris au mouvement des pâtisseries gratuites pour les filles, enfin bref). un rimmel qui foire parce que le vent froid du matin vous fait pleurer. vos cheveux sales. un chignon qui trahit. du feutre sur les doigts. un pansement au talon parce que ces chaussures, splendides, et en solde en plus, mais putain elles niquent les pieds grave. une mèche qui glisse doucement tandis que vous avez les mains prises dans la farine, on peut embrasser furtivement la nuque, voler le parfum de la peau, se réfugier dans ses vapeurs chaudes, et planer : ça n'aura pris qu'une seconde, à peine, et quel bonheur à la clé.
imaginez, vous les filles en jean, si on devait à chaque fois vous expliquer tout ça.

3/02/2008

portrait d'une fumeuse

d. était arrivée depuis pas bien longtemps, moi non plus. ça nous faisait un point commun. ça nous autorisait un peu de complicité. si nous devions nous montrer combatifs devant nos boss, nos regards croisés se soulageaient du poids du doute. qu'est-ce qu'on fout là ? ça va toi ? ils sont dingues non ?
chaque entreprise est un univers fermé. avec des fuites vers l'extérieur, pour raison de business, mais sinon c'est fermé. codes propres à l'entreprise. langage propre à l'entreprise. rapports humains propres à l'entreprise. symboles propres à l'entreprise. valeurs propres à l'entreprise. sexualité propre à l'entreprise. c'est la culture d'entreprise. je franchis une porte mais c'est un sas, le seuil d'un sanctuaire. une fois que j'y suis je constitue l'entreprise, je la façonne, j'en suis un membre comme le bras, le ventre, un orteil. par les petites fenêtres qui donnent de l'extérieur vers l'entreprise je me sens observé en uniforme propre à l'entreprise. sale. u.s.s. enterprise, nous, l'entreprise, paumés dans l'espace à la conquête des nouveaux marchés qui nous permettront de survivre un mois de plus.
dans ce vaisseau croiser le regard de d. était un miracle ténu. le filet lumineux d'une graine de seconde. dans cette intimité tacite il y avait quelque chose de volé. nous n'étions là depuis pas assez longtemps, nous portions encore les stigmates de l'extérieur. j'ignorais d'où venait d., où elle vivait, ce qu'elle avait fait avant, dans quelle entreprise. avait-elle des enfants. un mari. penser à vérifier son annulaire. mais nous étions d'accord. nous nous soutenions sans l'avouer. il passait quelque chose qui défiait les standards de l'entreprise. qui n'appartenait qu'à nous. un velours dont nous nous séparions mal et qui sentait encore le dehors. le bitume, l'azote des pluies urbaines, la pollution, le bruit des voitures, le choc des piétons, le train de banlieue, la friture. notre traîne flottait fraîche, à chaque regard nous en inhalions une bouffée salvatrice. avant de replonger dans l'entreprise. nous avions parfaitement accepté nos postes, nous savions pourquoi nous étions là, nous avions signé en connaissance de cause et probablement elle comme moi ne regrettait rien. mais son sourire faisait du bien. je veux croire qu'elle souriait parce que mon sourire lui faisait du bien.
d. était marquée. ça ne sautait pas aux yeux tout de suite. de prime abord on avait à faire à une blonde, carré ondulé. yeux noirs peut-être. petite quarantaine peut-être. s'il fallait choisir, alors plutôt petite, plutôt mince, plutôt pas mon genre. en fait je n'ai vraiment commencé à voir d. que le jour très proche de mon arrivée où elle s'est penchée devant moi pour prendre un truc dans une armoire. c'était innocent, tout le monde venait prendre des trucs dans cette armoire qui me faisait face. elle s'est penchée en avant. l'étonnante perfection de son cul m'a troublé. j'en ai arrêté de bosser. il ne fallait pas grand chose, c'est vrai. mais je ne m'attendais pas à ça pour autant. je l'avais même plutôt trouvée collante jusque là, avec ses incertitudes plein les yeux. j'avais assez des miennes. mais voilà : son jean lui allait beaucoup trop bien. bien obligé de le reconnaître. ça m'a cueilli comme un gosse devant un camion. ensuite j'ai regardé son visage.
il y a chez les femmes qui fument et qui continuent à fumer une dimension qui me bouleverse. d. avait tous les tatouages : yeux cernés, teint cendré, corps nerveux, voix sèche, cheveux un peu ternes. ce que je voyais moi, c'était les heures de larmes à fumer clope sur clope, probablement pas loin de la bouteille de mauvais rouge, un mec à cogner, même pas là, c'est bien le problème, et aucune copine à appeler à cette heure-ci. je la voyais se laisser aller en envoyant la terre se faire foutre, à s'enfoncer sans vergogne, au contraire avec un abandon chevronné qui relevait d'une élégance lâchée, splendide, insaisissable. j'entendais les heures à détester son corps, à trouver qu'elle avait un gros cul, à insulter ce salaud qui l'avait pourtant aimé, ce cul. j'entendais les râles lourds de la colère dans les larmes, les verres pétés sur les murs de plâtre, je voyais les marques et les morceaux de verre qui traînaient toujours, dans les coins. je sentais la morve couler du nez dans des mouchoirs qui s'empilaient, je voyais les nuits blanches, les yeux rouges, les dernières minutes devant le miroir parce qu'il fallait quand même aller bosser mais pas dans cet état oh et puis qu'ils aillent se faire voir si ils trouvent que j'ai une sale gueule je les emmerde. moi, j'aurais tant voulu être là.

12/20/2007

la douceur des orages

pudeur, éducation, la peur de passer pour un con : il y a des choses qu'on ne dit pas aux filles. ce qu'elles bouleversent quand elles vous regardent en souriant. leurs grands regards doux et bleus qui vous happent, absorbent. le monde tout à coup est en coton. vous perdez l'équilibre. vous rougissez, vous blanchissez, une fraction de seconde bascule une journée.
les jours passés s'obscurcissent doucement mais vous serrez bien fort dans votre mémoire un bouquet d'éclats brillants : la silhouette d'A. dans l'encadrement d'une porte, par exemple : on l'appelle, elle se tourne : le mouvement blond de ses cheveux vous coupe le souffle. le lui dire ? la trouver dans son bureau et lui jeter maladroitement votre émotion au visage ? pudeur, éducation, la trouille de bafouiller et mille excuses. ce n'est pas tout, il y a des époux, des hiérarchies, toutes sortes de contrats non écrits. est-ce le malaise que vous souhaitez introduire ? et vous-même, à quelle infidélité êtes-vous prêt à faire face ?
ne rien dire, c'est encore sublimer. c'est éviter de faire chuter dans le vulgaire ce qui est si beau. dire c'est dévaluer, réduire forcément, omettre. parler c'est se débattre comme un noyé dans l'explication, l'accumulation de détails qui ensevelissent le noyau essentiel. il est impossible de traduire les orages qui frappent le ventre au moment où vous saisissez le regard probablement involontaire d'O. sur vous, regard qui, peut-être un peu gêné, vous fuit. ce qui vous touche n'est même pas tant qu'elle ait pu vous regarder. c'est cette lumière, dérisoire pourtant, mais voilà, cette lumière sur sa joue dans cet instant. le grain de la peau. les joues, les cils, les yeux. rose, noir, bleu.
ne rien dire c'est laisser aussi se nouer l'entrelacs d'un dialogue intime. une compréhension tacite qui porte plus loin que les mots, parfois. un signe, un geste, une gorge qui rosit, vous vous êtes compris. c'est beau, aussi. c'est brûlant et soyeux. je sais pourtant qu'il y aurait tant à avouer. un aveu, et jouissez du bonheur de l'effet sur elle. toute l'orgueilleuse, bluffante, désarmante, insaisissable plénitude de la féminité sur son sourire vous ébranle sans que vous ne puissiez rien faire. nulle infidélité, nulle trahison pourtant. nulle morale insultée. cela aussi, ensuite, sûrement, sont des choses qu'on ne dit pas.

11/26/2007

nuque 'em all

une mèche sur une nuque, c’est quand même beaucoup plus émouvant qu’une paire de seins. quand je le lui dis elle ne me croit pas, me traite de faux jeton. et pourtant.
c'est tellement délicat. c'est tellement sensuel. ta mèche, elle bouleverse mes sens, le bide en champ de bataille. ses reflets noirs trahissent la grâce, il faudra bien que tu t'y fasses. cette mèche là-bas érige des trucs ici bas. fais pas l'innocente.
il y a cette mèche qui perle sur ta joue à la naissance du cou. par pitié ne fais pas attention à moi. continue à regarder celui à qui tu parles. pendant ce temps, moi, je peux contempler ta mèche, ta joue, ton cou. lui, pas. j'engloutis ce privilège avec une suavité féroce, la babine salive. quelque chose de violent hurle "à moi". tectonique dévastatrice de la fragilité.
et puis je sens cette petite bulle acidulée qui monte dans ma gorge, se coince, et gargouille. dans ma tête tout vibre et pétille quand j'aperçois ta jolie mèche. elle est là pour moi.
le vrai plaisir, c'est de vouloir tendre la main, pincer tes cheveux entre mes doigts et les lover derrière ton oreille. le vrai plaisir, c'est d'avoir envie de frôler la peau de ta joue à la naissance du cou, là où ça frissonne, tandis que je roule la mèche à ton oreille. le vrai plaisir, c'est de regarder ton profil et les cheveux qui lèchent ta joue. et ne rien faire.
je voudrais tant que tu ne la sentes pas quand elle boucle sur ta nuque et l'effleure. cette petite caresse ne te dérange pas, je voudrais qu'elle te détende sans que tu t'en aperçoives jamais. tu lui dois beaucoup et tu ne le sauras pas. je lui dois beaucoup aussi mais moi je le sais. tes cheveux et moi sommes complices.
toute la vulgarité du monde s'efface. une simple mèche et tout s'apaise. tout est délicatesse. une mèche, je n'en demande pas plus pour retrouver le goût des choses. tout peut se broyer, s'effondrer, s'affronter, perdre ou gagner, tout peut lutter, vindictes assassines et cynismes justiciers, l'horreur acide ou la banalité crasseuse, le bien, le mal, les imbéciles et les crétins, moi j'ai vu glisser de ta joue vers ton cou toute la beauté du monde.

9/20/2007

du bonheur simple de les regarder vivre

trenchs gris, jupes droites, bas noirs, bottes hautes. que j'aime l'automne !

9/17/2007

chagrin pour soi

on en ose des trucs quand on a quatorze ans. on en a de l'audace plein le tann's, les jean's neige rock'n'roll et les patchs à tête de mort pour dire qu'on n'a pas peur, nous, d'envoyer le monde entier se faire foutre. les profs, les parents, la société, l'avenir : on empale tout sur un majeur dressé bien haut. mais allez donc dire à cette fille que vous l'aimez.
sur la photo de classe, on espère être le seul à la voir. on espère que les autres passeront à côté de son sourire si beau. elle est discrète, aux bras de ses copines, il y en a une qui la fait rire et heureusement parce que sinon elle ne supporte pas les photos, elle. sur les photos elle fait la tête quand on ne la fait pas rire. loin, loin, plus loin encore de ce jour de photo de classe quelqu'un que vous ne connaîtrez jamais l'entendra dire cette aberration : "je ne suis pas photogénique". vous en voudriez à ce type, pour un peu. lui, ce salaud, il aura le loisir de la regarder dire ça, et probablement rougir aussi. il sera là, l'oeil en coin, rien à faire de ce qu'elle raconte, juste il la verra dire "je ne suis pas photogénique" et il prendra beaucoup de plaisir à l'écouter dire ça. pas pour ce qu'elle dit, mais pour le plaisir de l'aveu. cet aveu complètement faux. il y a des millions d'aveux faux, comme ça.
sur la photo de classe vous cherchez les mots pour la décrire. ses yeux, sa peau, ses cheveux même, vous comprenez l'importance des cheveux, l'importance fondamentale des cheveux, la puissante douceur des cheveux. vous gagnez deux, trois ans de maturité en comprenant l'importance des cheveux, grâce à la photo de classe. bref vous reprenez le portrait : l'élégance du port, la luminosité du sourire, non, la lumière, c'est plus juste : la lumière du sourire, oui, enfin un mot juste, vous continuez, vous cherchez, et puis de guerre lasse vous laissez tomber. elle est belle, un point c'est tout. c'est à peine si vous remarquez que sa copine accrochée à son bras a déjà des seins plus ronds qu'elle, et pourtant : cette ligne légère sur le tissu, vous vous en souviendrez longtemps. Vous serez pour longtemps touché sans le savoir par la grâce des petits seins, et vous le lui devrez, à elle. ça mettra du temps, vous verrez. mais vous verrez. les petits seins bientôt vous bouleverseront au-delà de tout.
juste belle. et puis un jour vos copains se mettent à plaisanter. ils l'ont vue, eux aussi, et pas que sur la photo de classe. ils vous l'arrachent, elle n'est pas qu'à vous. c'est violent. c'est douloureux. eux ne voient pas les seins, ils se moquent même de ses petits seins. mais le reste ne leur échappe pas. ils ne savent pas pourquoi mais ils savent qu'elle est au-dessus. vous, vous savez pourquoi : elle est juste magnifique cette fille. pour ne rien montrer vous donnez le change. "oui, pas mal". pourvu qu'elle ne sache jamais que vous avez dit ça.
un autre jour l'un d'entre eux lui déclarera ses sentiments. pour sa première fois il fera les choses dans l'ordre, c'est-à-dire mal. vous apprendrez qu'elle l'aura éconduit gentiment. sans moquerie. et vous vous moquerez de lui. pour mieux masquer la jalousie évidemment. lui, il l'a fait. ca aurait très bien pu marcher. quel soulagement.
la fin de l'année approche. impossible de ne rien faire. prendre le risque de ne rien risquer, impossible. ca peut marcher. on ne sait jamais. si elle vous jette, la honte ne durera pas, c'est la fin de l'année. vous tentez une lettre. vous enflammez un poème. vous consumez une chanson. un peu et vous écririez une ode. ça vous obsède, ça vous retourne la tête, vous en bandez par avance, et puis par mégarde voici que vous vous relisez. vous pleurez, vous raturez, vous rayez, vous sabrez. à la fin ne restent que trois mots. dans très très peu de temps vous les aurez oubliés parce que ce dont vous vous souviendrez est tellement plus important, c'est ce geste complètement dingue : vous glissez la lettre dans sa poche. toute la journée se déroule autour de ça : vous l'avez fait. si vous aviez encore une pointe de fierté vous iriez retrouver celui qui, il y a à peine quelques semaines, lui avait déclaré sa flamme et, fi des moqueries, vous célébreriez volontiers votre courage, vain, oui, mais ensemble.
votre lettre n'est pas signée. ça vous laisse une porte, une issue de secours. ça vous permet de nier, au cas où, comme de dire "c'est moi". bien joué. mais vous n'oserez jamais dire "c'est moi". le lendemain elle vous coincera entre deux portes, entre deux cours, vous n'aurez pas l'idée déplacée de regarder ses seins et pourtant vous vous en souviendrez, des années plus tard vous vous en souviendrez encore, et c'est à peine si vous en parlerez tant l'émotion sera forte encore. les émotions d'ado, quelle déflagration, tout compte fait.
mais donc elle vous coincera entre deux portes et elle vous dire "merci pour la lettre." d'ailleurs elle rougira un peu. et vous aussi, parce que jamais vous n'aurez vu jusque là quelque chose d'aussi beau. oui, vous vous le direz : d'aussi beau. quel autre mot ?
le jour d'après vous lui demanderez comment elle a su. "le style. ça ne pouvait être que toi. et puis tu as rougi."
aujourd'hui encore vous vous rappelez cette histoire avec un pincement. elle vous a percé à jour sur le style et vous avez adoré ça. cette fille, vraiment. ça l'a touchée, ce style, en trois mots. incroyable. et vous, des années après, ce frisson, toujours, sous la peau. oui, vous l'avez atteinte sur une audace. combien peuvent s'en vanter ? mais tout de même : vous n'auriez pas été contre un baiser.

7/11/2007

le carnassier avale le carnaval d'acier

et puis il y avait elle, bien sûr. elle me revient souvent, au hasard d'un cou, d'une démarche, d'un cul. elle me revient de dos la plupart du temps. ce cul, mon dieu. tous les types du lycée en étaient fous. tous les types l'aimaient. on l'envisageait tous. tous. moi aussi, bien sûr, et je croyais bien être le seul. mais non ; mais à peine sortait-elle fumer une clope qu'ils débarquaient tous. à peine levait-elle le petit doigt pour quoi que ce fut, ils étaient tous là. à minauder. l'air de rien.
j'ai eu quelques moments privilégiés avec elle. beaucoup de fantasmes aussi. la plus belle fille du lycée. on a passé quelques minutes au soleil sur un banc dans la cour à parler littérature, j'avais trop chaud et l'impression de sentir mauvais, d'être grossier, d'avoir des traits grossiers et d'être tout rouge, de postillonner et de bafouiller, j'avais peur de lui souffler mon haleine salée de sueur dans le nez. elle, elle était tellement belle, et elle m'écoutait parler parler parler pour lui faire oublier mes boutons d'acnée alors que moi je rêvais de l'écouter l'écouter l'écouter en la regardant en la regardant en la regardant.
j'ai eu, aussi, une poignée d'heure de perm' à bosser la philo avec elle. à lui expliquer deux trois trucs que je maîtrisais à peu près et elle pas du tout. j'essayais de la faire rire et comme elle était très nature elle riait volontiers. avec les autres aussi, bien sûr. bon.
j'ai eu quelques déjeuners à la cantine à côté d'elle pendant que les autres gâchaient tout en lui racontant des blagues salaces et qu'elle riait quand même, de bon coeur, sans la moindre trace de gène. son rire lumineux à leurs grossièretés, quelle majesté.
un jour d'examen blanc j'ai quitté la salle en me retournant juste pour l'apercevoir une fraction d'instant, le temps de saluer les copains d'un geste de la main. je saluais, mais juste pour pouvoir la voir elle. ce qu'il s'est passé, c'est qu'elle me regardait partir. elle avait dû me regarder me lever, ranger en silence mes affaires dans mon sac de lycéen, et peut-être, probablement, me suivre des yeux jusqu'au bureau du surveillant à qui j'ai remis ma copie de philo. elle me regardait, sinon comment expliquer qu'elle me souriait déjà quand je me suis retourné pour la voir ?
on la voulait tous. moi j'ai eu ça. j'ai eu ça. ce sourire irradié. j'ai eu ça.

6/24/2006

coule la grasse vérité des siècles immondes

une intuition provoque le réveil : le grand boum est un big bang, à la fois la fin de la guerre et le jour nouveau. le son irradie encore la ville entière, disparu il bourdonne encore, ombre froide, dans les crânes des vivants. un instinct : celui de l'éveil. je sens que je peux sortir, confiant je franchis le seuil en ruine. je quitte les ténèbres pour la lumière. le ciel est gris, c'est une chappe, fine, laiteuse, définitive, certaine, étouffante. entre le ciel et nous, les quelques survivants, des ruines. de la grande rue qui fut prospère, animée, ne restent que des ruines. les ventres béants des maisons bavent les cadavres déshumanisés : la position des corps est impensable. la guerre contraint à voir, à faire face, à prendre conscience pourtant de l'inimaginable. l'impossible est désormais un fait qui impose au regard sa certitude, son évidence, sa reconnaissance et il faut bien s'y faire.
je marche.
j'enjambe pierres à terre qui furent des murs, des toits. je franchis cratères noir et sang, j'évite mal os sous mes pieds. oppressé je cherche l'odeur de l'air sous le vent lent mais ce que je renifle confond la poussière soufflée hors des crânes gris et le souvenir du parfum de la pluie. mes yeux se risquent au ciel mais ce qu'ils voient est désolation : les façades des immeubles ne dissimulent plus rien. dressées maladroites et fragiles, elles pleurent, me semble-t-il d'abord. en fait s'écoule des murs la peinture qui les couvrait. le flot est gras, boueux, organique, il descend jusqu'au sol avec la calme certitude de sa fin. ce qui coule ainsi n'est pas la rançon de la défaite. ce qui coule ainsi est le roulement imparable de la victoire, c'est la marche des armées glorieuses dans les rangs vaincus des soldats qui se rendent. les façades vomissent enfin leurs masques, révélant leurs vraies natures. je comprends dans le même mouvement que les ruines sont les vrais corps maladifs des maisons, les cratères les vraies structures malsaines des routes, les crânes sont les vrais visages morbides de ceux qui furent des hommes. la vérité sort enfin de sa planque et se montre telle. la guerre finie, plus besoin de se voiler, de se cacher. il n'y a plus rien à craindre. les fenêtres difformes aux façades sont des gueules puant l'enfer, des gueules qu'on avait voulu oublier, qu'on avait cachées quand notre peuple était le vainqueur, et qui aujourd'hui retrouvent leur vérité.
la cathédrale, à ma droite. dès l'entrée j'entends résonner l'orgue. son chant ne porte aucune émotion car il n'y a plus rien à ressentir. je crois entendre un choeur. je tourne la tête à gauche, vers le monument aux morts que je connais bien. mais mes yeux découvrent son nouveau visage qui est le premier, le seul, celui de toujours : c'est un ange bienveillant dont la tête qui est d'un aigle penche avec une compassion résignée vers la dépouille balante d'un soldat démembré porté comme un enfant.

5/25/2006

les films d'amour me font pleurer

les films d'amour me font pleurer, les cons. c'est pas tellement que je m'identifie. c'est pas tellement que je me projette. je pleure sur ce que je n'ai pas. ces filles des films, tout ça. de n'avoir rien vécu me fait pleurer de ne pas avoir même de regret. je pleure tout seul, loin après que le film est fini. je pleure et je me prends pour un con. elles sont si belles. elles sont si pleines de vie. elles molardent à ma gueule que la vie est la vraie voie. la vie. elles me jurent que vivre, c'est trop mortel. que se plaindre c'est pourri. mais moi me plaindre c'est tout ce qu'il me reste, laissez-lemoi encore un peu, s'il vous plaît. un jour je m'en ferai une, juste pour voir. juste pour lui montrer ce que c'est, la vie, quand on n'en a pas. un jour, c'est elle qui pleurera sur ce qu'elle n'a plus. et encore, perdre, c'est avoir vécu. elle aura encore raison et j'aurais encore fait une connerie. fait chier.

je suis la touche du piano

un si bémol tout en haut. la touche qu'on ne joue pas. frôlez-moi, j'ai besoin de vos doigts. aucun besoin de presser fort : mon coeur est un pétale cristallin, c'est l'effleurement qui l'épanouit. frappé, sa stridence est l'alarme de sa fragilité. j'ai sous ma nacre une poudre émouvante prête à s'épandre dans le ciel, légère. mon corps est lourd. mon âme est lumière. frôlez-moi même par pitié. frôlez-moi. frôlez-moi.

4/15/2006

barbecue dans mes chiottes

dans la cuvette des chiottes les grillons morts s'amoncellent. j'en vois un sur le sol de la salle de bain, sur le dos. il est long, noir, grand comme la main, immobile. alors que mon urine gicle sur le tas de grillons l'un d'eux se réveille et me saute à la main. ses mandibules plantent le muscle sans douleur. je le vois recommencer, plonger ses mâchoires luisantes dans ma chair, et je manque me pisser dessus. j'agite la main pour m'en débarrasser mais rien à faire. je décide de lui couper la tête. il lâche prise, j'observe la section rouge briller d'où aucun sang ne coule. son corps sec s'échoue mollement dans la cuvette sur les corps morts de ses frères infâmes. je tire la chasse et j'attends : l'eau lave l'email et s'évacue, mais lorsqu'elle remonte c'est pour charrier les mêmes cadavres souillés. l'amas stagnant laisse une trace brunâtre sur l'émail blanc. à mes côtés dort une fille qui s'appelle diane ou jeanne. je me lève la tempe battante et les mains moites. j'essaie de ne pas marcher sur tous les détritus qui jonchent le sol de l'appartement. mon effort est tel que je n'entends pas la voix de ma mère qui me dit reprends-toi.

4/07/2006

état d'ame et ta soeur

la seule femme qui m'ait jamais aimé n'est plus là pour me dire molo sur le sirop. à chaque verre j'espère la faire revenir pour qu'elle arrête mon geste. je sens presque sa main, elle n'est pas loin, elle va peser sur mon bras, allez, allez allez allez. au prochain coup peut-être ? si je bois, c'est pour arrêter de boire finalement. comment cesser quelque chose qui n'existe pas ? au moins je sais que puisque je bois il est possible, il est envisageable, disons il existe peut-être une succession d'éléments qui alignés dans l'ordre comme des bons petits soldats du hasard vaincront le dernier geste. si je ne buvais pas, aucun espoir d'arrêter. arrêter est ma chimère, mon utopie, cet horizon qui me sourit. à qui dit-elle ses mots doux aujourd'hui ?