6/03/2008

anatomie sentimentale

ce que j'aimais surtout : me coller à elle la nuit. sentir contre mon ventre son cul. pas un petit tout dur tout plat tout froid, non. je parle là de maturité. f avait vingt trois ans mais niveau cul, pardon mais : madame. quand je dis niveau cul je ne parle pas de performance sexuelle, comprenons-nous bien. je parle anatomie des sentiments. mon sentiment à moi est creusé en rond, deux incurves épanouies, et le cul de f s'y colle parfaitement. j'ai vérifié. le soir quand elle s'endort, et la nuit quand elle dort. nickel. ça déborde peut-être même un peu. quel régal.
alors la nuit je passe ma main contre son flanc et sous son bras, je plonge le nez dans ses cheveux qui sont éparpillés et bleus sous la lune. le mur blanc strié de l'ombre démente des persiennes est froid, je meurs de chaud. doucement je m'approche. je glisse sur le drap. elle bouge. j'ai peur de la réveiller, c'est mieux si elle ne se réveille pas. j'ai l'impression d'apaiser ses rêves quand je m'approche sans la réveiller, comme ça. ma main affleure un sein. quelque part dans moi un viscère s'enflamme. combustion moite. et puis je colle enfin mon ventre, tout doucement, contre ses fesses. si j'ose, j'en caresse même la soie, de la paume. combustion encore. enfin je ne bouge plus. f ne respire plus. tout attend. une minute, ou deux, mais la nuit chaque seconde paraît longue comme le jour, après une minute ou deux f inspire profondément, dans ma main le sein bouge, le ventre gonfle, gonfle, la poitrine entière se gorge de rêveries, c'est tout un corps qui s'envole, cambrures obscures, volumineuses destinées, et moi qui ne suis qu'à un sein accroché ! tout suspend, tout plane. puis le lent relâchement, long et puissant. contre moi le bonheur rebondit. un silence. l'air, au parfum doux de son haleine, pétille encore un peu. comblée sa chair est tendre infiniment ; je sens ma chair encombrée infiniment se tendre. rien ne presse, sinon mon ventre contre ces fesses.
au matin f se regarde dans le miroir : elles sont nulles mes fesses, regarde-moi ça ! cellulite, grosse, grasse, kilos, vergetures, peau d'orange et blablabla. moi je ne vois rien, mais je sais. je sais que rien n'empêchera ce soir les soupirs inouïs, et que, je le jure, rien au monde n'est aussi beau. sans mentir. je la regarde droit dans les yeux, toute la chaleur accumulée du semi sommeil remonte à vive allure. bang bang. f, j'aime tes fesses, avec ou sans leurs angoisses diverses.
tout ça je l'ai dit. elle n'a rien cru. elle est partie. je colle d'autres culs. tant pis.

3 comments:

Pierre said...

Que dire ?
Sinon que c'est aussi précis de réalisme que c'en est bruissant de lueur mystique...
Ah, l'amour !
Yves, tu me plonges dans ton contexte aussi sûrement que mon contexte trouve un écho dans ta prose.
Bravo.

Anonymous said...

wahooo... j'en ai la chair de poule.
merci

la lionne de salon said...

Tellement vrai, et décrit comme une pensée pure attrapée au hasard d'un moment et décodée sans efforts. J'adore.